Différence entre oubliés et interdits

A l’origine, la crise du Phylloxera…

Entre 1865 et 1885, les vignes européennes ou « vitis vinifera » sont victimes de l’invasion d’un insecte, le phylloxéra. Ce puceron ravage en quelques années une grande partie du vignoble français : plus de deux millions d’hectares de vignes sont arrachés. Après plusieurs tentatives pour combattre ce fléau, on observe que les vignes américaines, issues des espèces « vitis lambrusca » ou « vitis riparia » sont naturellement résistantes.

Une solution : le greffage!

Les vignerons procèdent alors au greffage de vignes européennes sur des racines de vignes américaines, résistantes au phylloxéra. Ces nouveaux cépages, issus de croisements sont aussi appelés hybrides.

D’abord victime d’une pénurie de vins au début du 20ème siècle, la France connait ensuite une période de surproduction dans les années 30. En 1934, on comptabilise 34 millions de Français et 91 millions d’hectolitres de vin.

Au vu de la surproduction, le Parlement prononce le 24 décembre 1934 l’interdiction de six hybrides : Noah, Clinton, Herbemont, Isabelle, Jacquez, Othello.

Ces cépages hybrides désormais interdits sont classés comme impropres à la consommation car susceptibles de provoquer de graves problèmes de santé, ou jugés d’une qualité gustative inférieure.

En 1935, l’interdiction d’offrir, de vendre, de transporter ou de planter ces cépages fut prononcée. Aujourd’hui, cette interdiction a disparu de la loi française mais a été introduite dans la loi européenne qui régit les plantations professionnelles depuis 2016. Toutefois, une tolérance est accordée pour un usage amateur…


Vers une réhabilitation des cépages hybrides interdits?

Aujourd’hui, du fait de leurs caractéristiques naturelles intéressantes, la réhabilitation des cépages interdits est envisageable. Ils représentent une alternative contre le réchauffement climatique, du fait de leur bonne adaptation à certains terroirs et nécessitant peu de traitements (abandon de pesticides), grâce à leur plus grande résistance. Gustativement ils ont une forte typicité, qui, bien maîtrisée en culture (petits rendements) et lors de la vinification peut apporter un plus dans l’éventail des saveurs.

Pour en savoir plus à ce sujet, nous vous conseillons de regarder « Vitis Prohibita«  de Stephan Balay. L’association a notamment organisé, à l’automne 2019, la projection du film suivie d’une dégustation en partenariat avec le Lux Scène Nationale de Valence.

vitisprohibita


Et les oubliés dans tout ça?

Suite à la crise de surproduction viticole dans les années 30, le secteur du vin français est restructuré. Les vignobles de qualité souhaitent réglementer leur production en imposant des limites géographiques. C’est l’émergence des AOC avec la création en 1935 de la CNAO qui deviendra en 1947 l’INAO.

Un peu partout en France, des syndicats se mettent en place et définissent de nouvelles règles de production. Selon l’emplacement géographique, certains cépages sont autorisés, d’autres proscrits, pour, peu à peu, faire place à une certaine uniformisation…

Ceci a provoqué petit à petit, l’abandon d’un grand nombre de cépages, n’étant plus jugés suffisamment « intéressants » et donc oubliés, mais dont on retrouve souvent la trace soit par la recherche de plants encore existants soit par la conservation d’écrits.

Aujourd’hui ces cépages anciens dits « oubliés » doivent garder toute leur place aux côtés des cépages « nobles » actuels. Ils représentent une alternative au réchauffement climatique, étant adaptés à leurs terroirs et au climat. Certains sont également plus résistants aux maladies. Et, cerise sur le gâteau, ils représentent de nouvelles alternatives œnologiques grâce au renouveau gustatif qu’ils proposent!

 

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